Je me souviens d'un client, y a quelques années. Il s'assoit, regarde autour de lui, et me demande : "Mais comment je sais si c'est clean, en fait ?"
J'ai ouvert la bouche pour répondre, et je me suis rendu compte que c'était une question hyper legit. Nous, on vit là-dedans tous les jours. On sait ce qu'on fait, on connaît nos protocoles, on a l'œil. Mais pour quelqu'un qui met les pieds dans un studio pour la première fois ? Tout ça, c'est opaque. Un fauteuil, des machines, des gars avec des gants. Ça pourrait être n'importe quoi.
Alors voilà. Je vais essayer de vous raconter comment ça se passe vraiment derrière le bureau d'accueil. Pas la version marketing — la vraie.
Usage unique : la règle en or
Y a des choses qui se stérilisent. Et y a des choses qui se jettent.
Les aiguilles, c'est usage unique, EVidemment. Mais c'est pas tout. Les embouts plastiques, les tubes jetables, les encriers (ces petites cupules en plastique où on pose l'encre) — tout ça, c'est une utilisation et à la poubelle. On ouvre le sachet stérile devant toi. Si c'est déjà ouvert quand tu arrives, c'est un red flag.
Le prix du matos jetable, c'est un coût qu'on assume. C'est pas négociable.
Le protocole d'asepsie en vrai
Bon, là je rentre un peu dans le technique, mais c'est important parce que c'est ce qui se passe avant que l'aiguille touche ta peau.
- On se lave les mains. Pas un petit rinçage — un vrai lavage chirurgical, entre 30 secondes et une minute, jusqu'aux avant-bras.
- On met des gants neufs. Si on touche autre chose que le matos stérile (le téléphone, la poignée de porte, le pot de café), on change de gants. Je passe mon temps à changer de gants.
- La table de travail est désinfectée entre chaque client. Avec un produit virucide, bactéricide, fongicide — le cocktail complet.
- Le cercle de travail est délimité : tout ce qui est dans cette zone est stérile ou désinfecté. Ce qui est en dehors, on touche pas avec les gants.
Et le cercle, c'est pas une métaphore. On a un marquage au sol, un tapis de protection changé entre chaque client. Je te jure.
Les 5 étapes du nettoyage
Pendant longtemps, j'ai cru que nettoyer voulait dire passer un coup d'éponge. Puis j'ai passé l'hygiène en salon et j'ai découvert qu'il y a littéralement 5 étapes :
- Dégraissage — enlever les saletés visibles
- Nettoyage — avec un détergent
- Rinçage — pour enlever le détergent
- Désinfection — avec un produit adapté, temps de pose respecté
- Séchage — parce que l'humidité, c'est le meilleur ami des bactéries
Et c'est pas optionnel. C'est la procédure. Chaque surface, chaque fois.
Est-ce que je le fais toujours avec le sourire ? Non. Parfois je râle. Mais je le fais.
L'encre, justement
On parle beaucoup des encres en ce moment, et c'est tant mieux. La réglementation REACH a changé pas mal de choses sur la composition des pigments. Certaines encres qu'on utilisait y a dix ans sont interdites aujourd'hui. Des marques connues ont dû reformuler intégralement leur gamme.
Si ça t'intéresse, j'ai écrit un truc sur les allergies aux encres et j'ai même fait un rappel sur les Eclipse Black qui avaient eu un souci y a quelque temps.
Ce qu'il faut retenir : un studio sérieux sait Exactement ce qu'il met dans ta peau. On a les fiches techniques, les numéros de lots, les dates de péremption. Si on peut pas te montrer la boîte, y a un problème.
Les déchets — on en parle pas assez
Les déchets d'activités de soins (DASRI), c'est pas juste mettre les aiguilles dans une bouteille en plastique. On a des conteneurs spécifiques, un prestataire agréé qui vient les collecter, une traçabilité complète. Chaque aiguille usagée part dans une filière réglementée.
Ça paraît secondaire, mais c'est un bon indicateur. Un studio qui gère pas ses déchets correctement, c'est un studio qui gère rien correctement.
Est-ce que les clients checkent tout ça ?
Franchement ? La plupart, non. Et je les comprends. Quand tu viens pour un tatouage, t'es pas là pour inspecter l'autoclave. T'es là parce que t'as confiance, parce qu'on t'a recommandé le studio, parce que tu kiffes le style.
Mais je pense que c'est bien de savoir ce qui se passe. Pas pour devenir parano — pour être serein. Savoir que ce bout de métal qui entre dans ta peau a été stérilisé dans une machine à 134°C, que les gants sont neufs, que l'encre est conforme, que le plan de travail a été désinfecté y a cinq minutes.
Les soins après tatouage, c'est la partie visible du truc. L'hygiène pendant, c'est l'invisible. C'est tout ce qu'on fait pour que tu repartes avec un dessin, pas avec un problème.
Si tu veux creuser le sujet, j'ai fait un article sur le shop safe qui parle de tout ça avec un peu plus de détails.
L'autoclave, ce héros méconnu
Le cœur du truc, c'est l'autoclave. Si tu vois pas d'autoclave dans un studio, ou si tu le vois servir à ranger les t-shirts, c'est normal. De nos jours, plus personne n'en utilise.
On a un autoclave de classe B chez nous. C'est le standard qu'exige l'ARS. Ça stérilise à 134°C pendant 18 minutes, sous pression. Ça tue tout — bactéries, virus, spores, le package. Chaque cycle est tracé, imprimé, daté. On garde les bandes de contrôle. Parce que si un jour y a un contrôle, ou juste parce que c'est plus sérieux de pouvoir prouver ce qu'on avance.
Les cartouches de mes machines, les tubes, les aiguilles — tout ce qui est réutilisable passe par là. Le reste, c'est du jetable.
Et les gars qui disent "ouais mais je stérilise à l'eau bouillante" en 2025 ? Si t'en croises un, tu m'appelles, j'ai deux mots à lui dire.
Sources
- Arrêté du 6 janvier 1962 modifié — réglementation des conditions d'hygiène et de salubrité relatives aux pratiques du tatouage par effraction cutanée
- ARS (Agence Régionale de Santé) — recommandations et contrôles des établissements de tatouage
- Règlement REACH (CE n°1907/2006) — restriction des substances chimiques dans les encres de tatouage
- Résolution ResAP(2008)1 du Conseil de l'Europe — exigences relatives aux encres de tatouage et maquillage permanent
- NF EN 13060 — norme relative aux autoclaves de classe B pour la stérilisation des dispositifs médicaux
Tu savais tout ça ? Si t'as des questions sur un truc qui te semble pas clair, ou juste un doute sur un studio que t'as visité, passe nous voir ou écris-nous. On préfère répondre à une question idiote que soigner une infection.