Y a quelques années, un client est venu me voir avec une demande précise : un tatouage sur l'avant-bras, mais qui puisse se cacher sous une chemise. Il était commercial dans une boîte d'assurance. « Je kiffe les manches longues, Arthak », qu'il m'a dit en rigolant.
Cette phrase, je l'ai entendue des dizaines de fois. Des informaticiens, des avocats, des profs, des kinés. Tous avec la même peur discrète : « mon tatouage va-t-il me fermer des portes ? »
Alors on va en parler franchement. Parce que la réponse a changé. Pas totalement. Mais assez pour qu'on arrête de flipper pour rien.
Le droit du tatouage : ce que dit la loi
En France, le code du travail est clair : personne ne peut te discriminer à cause de ton apparence physique. Sauf si l'employeur peut justifier que c'est essentiel pour le poste.
En vrai, ça veut dire quoi ? Qu'un commercial qui a un dragon sur le cou, l'employeur ne peut pas le virer pour ça. Mais il peut ne pas l'embaucher et invoquer une autre raison. La loi, elle protège sur le papier. Dans la pratique, les recruteurs ont toujours des biais.
La jurisprudence récente va dans le bon sens. En 2023, la Cour de cassation a rappelé que l'apparence n'est pas un motif de licenciement, sauf si elle nuit à l'exercice du travail. Et avec la généralisation des tatouages (un Français sur cinq est tatoué), les mentalités évoluent.
Les secteurs où ça passe crème
Tech, numérique, création — Zéro problème. On croise plus de développeurs tatoués que de développeurs en costard.
Artisanat, métiers manuels — Pareil. Tatoué·e, pas tatoué·e, tant que le boulot est fait.
Métiers de la santé — C'est plus compliqué. Pas de texte, mais les blouses manches longues règlent le problème. Beaucoup d'infirmières et d'aides-soignantes sont tatouées, et ça pose rarement souci tant que c'est pas choquant.
Enseignement — Ça dépend des établissements. Primaire souvent plus strict que fac. Mais honnêtement, les élèves s'en fichent complètement.
Les secteurs où c'est plus tendu
Banque, assurance, conseil — Les clients traditionnels ont parfois des attentes « classiques ». Pas toujours. Mais un tatouage visible sur la main ou le cou peut encore jouer en ta défaveur en entretien. Une fois embauché, ça passe mieux.
Hôtellerie-restauration haut de gamme — Pareil. Le palace et le tattoo apparent font parfois des misères.
Fonction publique (police, armée, magistrature) — Là, les règles sont plus strictes. Certains corps ont des textes sur la visibilité des tatouages. À vérifier selon ton administration.
La grande question : visible ou pas ?
En 2025, le vrai changement, c'est que la visibilité est devenue un choix, pas une contrainte.
De plus en plus d'employeurs s'en fichent. Le marché du travail est tendu, les compétences passent avant les motifs. Et les clients aussi ont changé : un tatoueur tatoué, ils s'y attendent. Un banquier tatoué, ça surprend moins qu'il y a 10 ans.
Si tu bosses dans un secteur classique avec des clients classiques, la règle reste simple : pense à la couverture. Quand t'es en entretien, manches longues. Après, quand t'as fait tes preuves, les mentalités suivent.
Ce que je conseille à mes clients
Avant de tatouer une zone visible (mains, cou, visage), je pose deux questions :
— Est-ce que ton taf te permet de l'assumer ?
— Est-ce que t'es prêt·e à gérer les regards ?
Pas pour décourager. Pour que le choix soit conscient. Le tatouage, c'est pour la vie. Le travail, ça change. Si dans 5 ans tu changes de métier, le tatouage, lui, il reste.
Et si tu veux te rassurer : je connais des avocats tatoués jusqu'aux poignets, des chirurgiens avec des sleeves, des profs de maths avec le cou orné. Ça existe. C'est plus fréquent qu'on le dit. Et surtout : personne ne leur a demandé de faire marche arrière.
C'est quoi ton métier, toi ? Tu te poses la question du tatouage visible ou t'as déjà sauté le pas ?
Sources
- Cour de cassation — Apparence et discrimination au travail
- Défenseur des droits — Discrimination liée à l'apparence
- IFOP 2024 — Les Français et le tatouage en milieu professionnel