Safe space ou façade safe ?
La semaine dernière, il y a eu pas mal de remous dans la petite bulle tatouage grenobloise.
Un petit drama des familles, comme on dit.
Un shop s’est retrouvé au centre d’un lynchage public. Je ne le citerai pas, parce que l’idée ici, c’est justement de ne pas accabler, mais de comprendre ce que cette histoire raconte de notre milieu.
Ce qui remonte quand ça explose
Ce qui s’est dit ?
Des témoignages lourds, d’anciennes collaboratrices et guests, parlant de manipulation, d’emprise, de violences psychologiques, de validisme, d’un environnement qui se disait “safe” mais qui ne l’était pas pour tout le monde.
Un climat de peur, de pression, d’incohérence entre les valeurs affichées et les pratiques réelles.
Je ne sais pas si je suis exhaustive, mais la liste est longue.
Et là, au-delà de ce cas précis, une question me reste en tête :
comment on fait, collectivement, pour éviter que ça se reproduise ?
On ne s’auto-décrète pas bienveillant
Comment on s’assure que nos espaces restent vraiment agréables à vivre ?
Pas juste dans le discours.
Dans le vécu quotidien des personnes qui y travaillent.
Parce que parfois, on pense bien faire.
On se dit : “ici, c’est un lieu safe, inclusif, bienveillant”.
Mais en vrai, et ça je l’ai dit mille fois à mille personnes : on ne s’auto-décrète pas bienveillant.
La bienveillance, ça se remet en question.
Ce n’est pas un état fini.
C’est un chemin infini.
Plutôt construire que rejouer le procès
Moi, plutôt que de me concentrer sur le passé, j’aimerais parler de ce qu’on peut construire pour l’avenir.
Et j’ai réfléchi à deux pistes.
Comme on dit, si tout ce que tu as est un marteau, tout finit par ressembler à un clou.
Et celles et ceux qui me connaissent, et qui connaissent mon passé de développeur, savent très bien ce que ça veut dire : je vais encore parler d’outils, d’automatisation, de process.
Bref.
De mon terrain de jeu habituel.
Piste 1 : une plateforme de témoignages
La première piste, un peu utopique, ce serait une plateforme de type “Balance ton tatoueur”, le compte Insta disparu il y a trois ans.
Un espace où les personnes pourraient témoigner.
Vérifier la réputation d’un artiste avant de prendre rendez-vous.
En théorie, ce serait un outil de transparence.
Mais en pratique, c’est difficile.
Comment gérer la diffamation, l’anonymat, la vérification, la modération ?
Et surtout, la question de la responsabilité légale.
Est-ce que c’est la plateforme qui assume ?
Les témoins ?
Comment éviter les dérives ?
Je n’ai pas les réponses.
Et honnêtement, je pense qu’aujourd’hui, ce serait très difficile à faire sans risquer de nuire à certaines personnes injustement.
Mais l’idée est là.
Piste 2 : un retour anonyme au studio
La deuxième piste, plus locale, plus concrète, c’est celle que je suis en train de mettre en place au studio.
En fait, c’est tout bête : mettre en place un formulaire anonyme.
Un petit sondage qu’on envoie aux clients, aux artistes invités, aux personnes qui interagissent avec le shop.
L’idée, c’est de leur demander simplement leur ressenti.
Est-ce qu’ils se sont sentis bien accueillis ?
Est-ce que l’ambiance leur a paru safe ?
Est-ce qu’il y a eu des choses qui les ont mis mal à l’aise, même de manière subtile ?
Repérer les angles morts avant l’implosion
En gros, c’est un retour point par point sur des éléments précis.
Ça permet d’ouvrir la porte à un dialogue.
Nous, on a déjà pas mal de choses numérisées au niveau des consentements, donc c’est assez simple de glisser ce sondage anonyme à la fin.
Par exemple dans un mail de suivi après un rendez-vous, en disant :
“Si tu as deux minutes, donne-nous ton feedback.”
Ce n’est pas juste un avis public à cinq étoiles.
C’est un outil interne pour nous aider à repérer des soucis qu’on n’aurait pas vus autrement.
C’est du boulot.
Ce n’est pas glamour.
Mais c’est ce qui permet d’éviter que les non-dits s’accumulent et finissent en implosion publique.
La bienveillance comme pratique, pas comme décor
Au final, ce “drama” dit quelque chose d’important.
On a encore beaucoup à apprendre sur la manière de travailler ensemble sans se blesser.
Et sur le fait que même les lieux qui se disent “safe” ne le sont pas par nature.
Ils le deviennent, jour après jour, par la responsabilité collective de celles et ceux qui les font vivre.
Alors plutôt que de juger, essayons de construire.
De questionner nos pratiques, nos limites, nos angles morts.
Parce qu’au fond, c’est ça, la vraie bienveillance.
Pas une façade parfaite.
Mais la capacité d’entendre quand quelqu’un nous dit : “là, ça ne va pas”.
Et d’avoir le courage de changer.